Historique

Version imprimableSend by email

Le passé n'est certes pas un modèle pour l'avenir, mais l'avenir se construit inévitablement sur ce qu'a produit l'histoire. S'inscrire dans une dynamique c'est bien sûr se projeter en avant, mais c'est aussi profiter de ce qui est acquis pour aller au-delà.

L'action passée s'est appuyée sur des valeurs qui fondaient le projet Francas.
Pour réaliser ce projet, les stratégies successives ont, à chaque période, tenté d'établir le meilleur rapport entre le souhaitable et le possible compte tenu de l'environnement et des moyens à mettre en œuvre : transformation des patronages/garderies en patronages éducatifs, création d'espaces physiques -centres aérés, plaines de jeu, maisons de l'enfance, centres de loisirs-, reconnaissance de l'enfant en tant que personne, reconnaissance de la place de l'Enfant dans la société.
Aujourd'hui, compte tenu des mutations profondes que nous vivons, nous devons évaluer nos avancées, mais également examiner notre projet et les valeurs qui le fondent pour déterminer comment nous projeter dans l'avenir.

Les Francas des héritiers

Même les Francas ne sont pas venus du néant...
Leur création s'inscrit dans une évolution, celle de la connaissance de l'enfant1, et se situe à une époque dramatique de l'histoire de notre pays, celle de la seconde guerre mondiale. Sans doute faut-il s'en souvenir pour comprendre à la fois, le discours fondateur des Francas, sa pérennité et les évolutions qu'il a pu générer.

Les Francas ont une double origine

D'une part, ils sont nés de la volonté des Éclaireurs de France2 de pénétrer d'autres milieux que leurs milieux traditionnels de recrutement que ne gênaient ni l'élitisme des méthodes ni le coût de l'uniforme obligatoire : “les Éclaireurs et les Éclaireuses, du fait même de leurs exigences, ne pouvaient toucher qu'une partie de la population enfantine” (Pierre François, Président-fondateur des Francas).
D'autre part, ils sont nés de la nécessité de dépasser la protection des enfants qu'assuraient les garderies et les patronages des années trente pour proposer des activités éducatives : “Il existait à l'époque ce que l'on appelait les patronages laïques et j'étais Président de celui de Vichy. Les dévouements ne manquaient pas, mais les moyens étaient très limités et les méthodes pédagogiques encore hésitantes... C'est à cette époque, dit Pierre François, juste avant la guerre, que j'avais pensé à la nécessité d'une rénovation des patronages laïques”.
Créer un grand mouvement d'enfants permettait de satisfaire aux deux exigences ; c'est celui que préconisa Pierre François à Chamarges3 et qu'approuvèrent des Éclaireurs de France, des membres des Cemea et quelques membres des Auberges de Jeunesse : “le seul moyen d'offrir à ces enfants des loisirs à la fois attirants et éducatifs, est la création d'un vaste mouvement de jeunesse où se trouvent pratiquées les diverses activités susceptibles de capter leur intérêt”.
Cependant, le contexte dans lequel ont été conçus les Francas (1942-43), comme celui dans lequel ils sont nés (novembre 1944) ont inévitablement pesé sur leurs fondements : l’occupation, la guerre et les atrocités nazies ont généré des aspirations qui s'expriment dans les premiers mots d'ordre :
"- Santé : la santé de nos jeunes sera maintenue et améliorée par la pratique de l'éducation physique, des activités de plein air et de saines vacances.
- Union : ouvert à tous, notre mouvement aura pour fondement le respect et la compréhension de la vie intérieure de chacun.
- Franchise : cette qualité déjà exprimée par notre nom lui-même est à la base de toute formation morale des Francs et Franches Camarades. En la reprenant comme mot d'ordre, nous voulons insister sur l'atmosphère de liberté confiante, de courage et de loyauté qui doit régner dans nos Camaraderies.
- République : la vie en commun, I'exercice de la liberté et de la responsabilité dans un cadre à la taille de l'enfant, l'information sur les cadres de la vie sociale prépareront l'enfant à son rôle de libre citoyen.
- France : notre mouvement visera le maintien et le rayonnement de la France, en inspirant à tous l'amour du pays et la fidélité à ses valeurs traditionnelles.
- Paix : au-delà de la France, les F.F.C. auront des relations avec la jeunesse des pays étrangers, ils veulent les connaître, les comprendre, les apprécier à leur juste valeur dans un but de sympathie humaine et de paix générale".
Enfin, les premiers responsables du Mouvement, étaient des militants d'origines différentes : Éclaireurs et Éclaireuses de France, cemea mais aussi Coopération à l'école, Mouvement Freinet, Groupe français d'Éducation Nouvelle, de la Ligue de l'Enseignement, etc. Cette “ équipe disparate ” permet aux Francas de s'inspirer à la fois du scoutisme, de l'éducation nouvelle et de l'éducation populaire.
Les Francas sont d'abord des héritiers.
Pour autant, ils ont choisi leurs propres finalités et déterminé eux-mêmes leur organisation et leur mode de fonctionnement.

LES FRANCAS EN IMAGES
 

LES FRANCAS : LEUR FINALITÉ

À chaque fois qu'il évoquait la création du Mouvement, Pierre François précisait: “Nous n'avons pensé qu'aux milliers et milliers d'enfants abandonnés à la rue ”. Nous retrouvons en effet cette préoccupation essentielle dans ce qu'il faut bien considérer comme l'orientation originelle des Francas : “ Une mission, éduquer activement et librement des masses de gosses… Un idéal, servir la cause du peuple”.
C'est dans “Départ”5 que se trouve la formulation la plus claire des finalités du Mouvement.
“Contribuer à faire de nos garçons et de nos filles des hommes et des femmes dignes de ce nom, en meublant leurs loisirs d'activités saines et joyeuses.
Des hommes et des femmes en bonne santé d'abord...
Des hommes et des femmes de “caractère” qui sachent juger, décider, persévérer avec fermeté dans la voie qu'ils se sont tracée.
La formation morale et civique de nos enfants ne se sépare pas pour nous de la vie même dans le Mouvement, et nous voulons qu'elle se dégage de toutes les activités
Nos Camaraderies, nos Groupes, doivent être des communautés où chacun agit, participe, selon ses moyens, à la direction générale”.
Avec le temps et l'expérience, ces finalités se sont précisées, enrichies, leur formulation a bien sûr évolué, mais l'esprit est resté le même.
“Les Francas ont une vocation indissociablement éducative, sociale et culturelle.
L'action éducative, sociale et culturelle des Francas est destinée en priorité aux enfants et aux jeunes qui n'ont pas atteint l'âge de la majorité légale”.
“La finalité de l'action des Francas est la personne humaine et son bonheur :
Avec les enfants et les jeunes d'aujourd'hui, vers l'Homme et le citoyen le plus libre et le plus responsable possible, dans la société la plus démocratique possible.” (Congrès de Rennes 1989)

LES FRANCAS : LEUR CONCEPTION DE L'ÉDUCATION

“Les Francas ont de l'éducation une conception qui se fonde sur des connaissances scientifiques et sur l'idée qu'ils se font de l'Être Humain et de la société.
Ils distinguent l'éducation, qui tient à la vie dont elle a l'ampleur et la complexité, de l'action éducative qui n'en est que la partie maîtrisée.
L'éducation, c'est l'ensemble des influences d'origines et de natures diverses qui s'exercent volontairement ou non sur l'individu ou que l'individu exerce sur son environnement et qui, en se conjuguant, contribuent au développement de sa personne.
De ce fait l'éducation est globale et continue.
Toute action éducative -consciente, volontaire et finalisée- n'est qu'une contribution qui s'inscrit dans la globalité et la continuité de l'éducation”.
Cette conception de l'éducation explique d'une part, l'impossibilité de dissocier l'éducatif du social et du culturel et, d'autre part, l'importance du temps libre dans l'éducation.
Cette conception de l'éducation implique par ailleurs, la collaboration de tous ceux qui, à un titre ou à un autre, interviennent dans l'éducation des enfants et des adolescents.

LES FRANCAS : LEURS VALEURS

Les valeurs auxquelles se réfèrent les Francas émergent de l'expression de leurs mots d'ordre, de leurs orientations et de leur finalité.
L'humanisme
Pour les Francas, la valeur première est indéniablement l'Humain.
Cela tient au fait que leur création intervient à un moment où le monde a besoin de retrouver la foi en l'Homme et en l'humanité.
Cela transparaît, dès l'origine, ne serait-ce qu'au travers de la primauté6 qu'ils accordent aux enfants et aux adolescents : “Il faut se tourner vers l'enfance l'âge où tout se détermine”.
Cela se confirme au fil des ans dans les textes de Congrès et les multiples résolutions : “Les Francas s'attachent à favoriser, dès l'enfance, le développement de la personne, tant dans sa dimension individuelle que dans sa dimension sociale et, pour ce faire, cherchent à développer les potentialités dont la personne est porteuse”. (Congrès de Rennes). Cela s'exprime aussi dans l'affirmation que l'économie doit servir l'humanité : “Le développement économique doit être au service d'un développement éducatif, social et culturel et concourir à davantage de solidarité, davantage de démocratie”. (AGN Dourdan 1991)
Le respect de l'humain se traduit par la reconnaissance de la personne -y compris celle de l'enfant- en tant qu'individu singulier mais aussi en tant qu'être social. Il implique le respect de toutes les personnes “sans distinction d'âge, de sexe, d'origine ou de situation sociale” : “la société française se compose d'individus différents qui naissent et demeurent égaux en dignité et en droits” (Congrès de Rennes).
De cette valeur première en découlent d'autres.

La démocratie
Elle est liée à l'égalité en dignité et en droits.
Elle donne des droits à chacun mais elle crée des devoirs, le premier d'entre eux consistant à respecter les droits des autres.
Elle donne à chacun le pouvoir de participer aux décisions collectives.
Elle se nourrit d'une citoyenneté active dont elle favorise l'exercice.
En France, elle s'incarne institutionnellement dans la République.
La découverte de la démocratie et son apprentissage passent par la découverte, l'apprentissage et l'exercice progressif de la citoyenneté par les enfants et les adolescents.

La liberté
La liberté, dans l'absolu, c'est la possibilité pour l'individu d'agir sans contrainte. En réalité, la liberté n'est toujours que relative, l'égalité supposant que chacun respecte la liberté des autres : liberté/égalité/fraternité sont les trois volets indissociables du triptyque républicain.
L'autonomie c'est l'absence de dépendance ; c'est en fait la capacité de l'individu à se déterminer lui-même. L'autonomie est une condition nécessaire à l'exercice de sa liberté.
L'autonomie suppose des acquisitions et des apprentissages. Elle implique une capacité à analyser des situations, à évaluer des risques, à anticiper des situations et à décider (à se décider) ; elle suppose d'être responsable c'est-à-dire d'avoir une conscience suffisante des effets de ses comportements et de ses actes.
L'autonomie est une conquête progressive qu'il faut permettre et accompagner dès l'enfance pour assurer à chacun l'exercice de sa liberté dans le respect de la liberté des autres.

L'égalité
Tous les individus ont les mêmes droits et les mêmes devoirs. Tous n'ont cependant pas les mêmes possibilités d'exercer les droits qui leur sont théoriquement reconnus ni même d'ailleurs d'assumer leurs devoirs.
La diversité des goûts, des intérêts, des capacités et des compétences est inévitable ; elle est même souhaitable. Reste que chacun, quels que soient son âge, son sexe, ses potentialités, son origine ou sa situation sociale, doit avoir toutes possibilités de vivre dignement. La justice sociale consiste au moins à garantir à chacun, quelles que soient les circonstances, son droit à la dignité.
Les Droits de l'Homme et de l'Enfant sont à la fois des objectifs à atteindre et des principes à respecter ; ils constituent des contenus de l'éducation dont ils doivent inspirer les conditions et les méthodes.

La solidarité
La solidarité c'est la volonté d'interpréter positivement l'interdépendance des individus et des groupes humains : elle implique la réciprocité et s'exprime par l'échange, l'entraide et le partage des connaissances comme des richesses.
Elle s'apprend par des pratiques collectives.

La laïcité
La laïcité est une valeur liée au respect mutuel.
La laïcité va au-delà de la tolérance : elle invite à comprendre et non seulement à admettre.
Elle implique cependant de lutter contre toute atteinte à l'intégrité des personnes et contre toute idéologie contraire aux droits de l'Homme et de l'Enfant.
La laïcité a bien entendu une dimension institutionnelle : elle est inscrite dans la Constitution française.
Elle a aussi une dimension éthique et déontologique : elle se traduit dans les comportements et les attitudes.
Elle a enfin une dimension éducative : elle implique de respecter l'éduqué tout en exigeant de lui les efforts indispensables au développement de son autonomie.

La paix
Entre des individus, des groupes ou des nations, des difficultés relationnelles peuvent à tout moment surgir. Rechercher la paix, c'est d'abord apprendre à repérer les désaccords pour tenter de les réduire et de résoudre le plus tôt possible les problèmes qui peuvent être sources de difficultés ; c'est ensuite apprendre à gérer pacifiquement les conflits qui peuvent se déclarer.
Ce qui souligne l'importance du respect mutuel et de la connaissance des autres, et renvoie à la laïcité.
Connaître les autres est un enjeu des échanges internationaux.

 

LES FRANCAS : LEUR PROJET

L'ambition des Francas est encore de contribuer, “avec les enfants et les jeunes”, à la formation de “l'Homme et du Citoyen le plus libre possible dans la société la plus démocratique possible”.
Leur projet consiste à faire partager cette ambition par le plus grand nombre et à construire progressivement et concrètement “la Place de l'Enfant” avec tous ceux que cela concerne.
Ce projet comporte plusieurs volets :
Faire connaître et partager des concepts tels que la globalité et la continuité de l’éducation, l’importance du temps libre, l’interdépendance de l'éducatif, du social et du culturel, les nécessaires complémentarités éducatives, la reconnaissance de l’Enfant en tant que personne et en tant que citoyen, etc.
Mobiliser toutes les énergies pour que ces concepts se concrétisent.
Rechercher des réponses aux besoins des enfants, des adolescents et des familles et les expérimenter.
Faire prendre en compte ces préoccupations et propositions dans les politiques publiques.
Mettre en œuvre des stratégies permettant que se concrétisent localement des solutions allant dans le sens du projet.
Soutenir par le conseil et la qualification des acteurs, les réalisations et leur évolution.
Ainsi, les Francas veulent-ils contribuer à l'élaboration et à la concrétisation d'une politique qui permette aux enfants et aux adolescents d'exercer progressivement leur autonomie, leur responsabilité et leur citoyenneté pour que ceux-ci puissent à la fois, s'insérer dans la société qui est la leur, et y agir, en ayant quelques chances d'en maîtriser le devenir.
Pour ce faire, “ils considèrent que seule la mise en œuvre d'un système éducatif public qui prenne en compte les enjeux éducatifs du temps libre des enfants est une garantie d'insertion sociale réussie”, pourvu qu'il soit “adapté aux exigences de notre temps et qu'il rassemble tous les acteurs de l'éducation”.
Le projet est ambitieux ; certains le trouveront utopique.
En 1944, le projet était ambitieux ; certains le jugèrent utopique
Certes, on peut comprendre que le jugement soit le même aujourd'hui qu'hier, car il s'agit en effet du même projet fondé sur les mêmes valeurs. Mais, cinquante cinq ans plus tard, ce projet est à un stade avancé de sa réalisation.
Et certaines utopies d'hier sont aujourd'hui réalités7
“La fin du 19e siècle a été marquée par une grande conquête, celle de l'école publique, accessible à chacun. La fin du 20e est déjà marquée par les prémices d'une nouvelle conquête : un espace éducatif spécifique en relation à la famille et à l'école, accessible à tous les enfants et à tous les adolescents”.
Et certaines utopies d'aujourd'hui peuvent être demain réalités...

1- Henri Wallon publie Le développement psychologique de l’enfant pour la première fois en 1941
2- À l’époque, les Éclaireurs n’appliquaient pas la mixité
3- Lieu où les Francas furent conçus lors du 18e Capi-Route des EDF -cf. Les Francas d’hier à demain p. 21-
4- Note sur le projet de création d’un grand mouvement pour le secteur non confessionnel
5- Première brochure publiée par les Francas. Elle est en quelque sorte le n°0 de Camaraderie
6- Primauté : caractère de ce qui est premier. Primauté n’est pas exclusivité.
7- Les droits des enfants que les Francas souhaitaient voir inscrits dans la Constitution de 1946 sont aujourd’hui reconnus, à défaut d’être toujours respectés. Qui dans les années 50, osait penser à la professionnalisation des animateurs ? La complémentarité des actions est admise à défaut d’être toujours comprise. L’importance éducative est de plus en plus apparente.

6/8 allée de Mondorf-les-Bains
Bâtiment "les mésanges"
54500 VANDOEUVRE-LES-NANCY
Tél 03 83 29 37 23
Fax 03 83 33 11 71

contact@francas54.org

Réalisation Studio Adagio Agence de communication Mulhouse Alsace